Conference Report (Francais)
Conference 28 and 29 September 2002, France
Report on Colloque
By Philippe BESSON
Colloque international franco-américain La prestigieuse Sorbonne accueillait dans son amphithéâtre Descartes, ce dernier week-end de septembre, sous le patronage de l'International Humanist and Ethical Union (IHEU), le Colloque international "1802-2002 : l'héritage universel de Thomas Jefferson: actualité de la séparation des Eglises et de l'Etat". Les lecteurs de la Raison le savent: plus de deux années et demi de travail, de collaborations diverses mais indispensables, ont été nécessaires pour réaliser ce qui n'était encore qu'une "idée", lors de la tournée de la Fédération nationale de la Libre Pensée aux Etats-Unis, en février 2000. De longs, et parfois pénibles, efforts internationaux ont abouti à un amphithéâtre plein et à une prestigieuse tribune, placée sous la présidence de notre ami Babu Gogineni, directeur exécutif de l'IHEU, et la direction scientifique du Pr Olivier Frayssé, notre hôte en ces lieux.
Il serait vain de vouloir résumer, même brièvement, en ces colonnes deux séances de communications, érudites mais simples, et de débats, animés avec la grande courtoisie et le fin humour du président Gogineni. Les actes de ce colloque international sortiront courant 2003 et apporteront leur pierre à l'aspiration universelle à la totale liberté de conscience par la stricte
séparation des Eglises et de l'Etat. Il n'en demeure pas moins que l'originalité du colloque international Thomas Jefferson, outre la richesse de provenances géographique et philosophique des communicants, résidait également dans l'harmonieuse combinaison de journées universitaires et d'un grand rendez-vous laïque et libre penseur. Il fallait ouvrir les travaux, ce fut donc chose faite par la complémentarité de la présidence et le rappel que "la laïcité n'existe pas pour elle seule, mais qu'elle est un acquis des Lumières et de la Révolution française".
Cette complémentarité s'incarnait encore dès la première communication: universitaire et historien, le Pr. Robert S. Alley, de l'Université de Virginie, est également un partisan convaincu de la séparation des Eglises et de l'Etat et un spécialiste reconnu du président James Madison.
C'est également le cas du Pr. Gérard Hugues, de l'Université de Provence, consacrant sa contribution au 4e président des Etats-Unis: "James Madison: une vision laïque du fait religieux", affirmant non sans raison que "James Madison serait certainement aujourd'hui membre d'Americans United for the Separation of Church and State pour lutter contre la politique de "compassion" de George W. Bush".
Le Pr. Annick Lechenet, de l'Université de Nancy II, rappelait quant à elle que l'uvre de Thomas Jefferson avait pour cur "la confiance en la raison de l'Homme".
Jacques Lafouge, ancien Grand Maître du Grand Orient de France, n'avait pas la tache aisée, car il devait pleinement restituer la dimension latino-américaine dans un colloque apparemment plus septentrional. Retraçant l'épopée difficile du continent, la place des libertadores, écornant au passage quelques idées convenues, il conclut: "La séparation de l'Eglise et de l'Etat et la laïcité n'ont jamais eu droit de cité en Amérique Latine. Les quelques démocrates et tyranneaux qui ont voulu les mettre en application ont échoué ou mal fini. Et pourtant la séparation de l'Eglise et de l'Etat et la laïcité à la française, malgré les restrictions qu'elles subissent actuellement ici, jouissent d'une popularité certaine. Un nombre non négligeable d'hommes de progrès voient bien que la vraie libération de l'Amérique Latine passe ar là, que le progrès humain ne peut se concevoir que dans la liberté et la liberté absolue de conscience. Il nous faut y aider si nous n'aspirons pas au repos."
Après une pause salutaire, et une fréquentation assidue d'une excellente librairie internationale ressée dans le hall, les travaux reprenaient. Le Pr. Olivier Frayssé, auteur d'un excellent "Lincoln, la Terre et le Travail", était tout désigné pour définir la conception lincolnienne "de la séparation de la sphère publique et de la sphère privée dans la vie politique américaine".
Isabelle Richet qui vient de faire paraître "La religion aux Etats-Unis" dans la collection "Que sais-je?", et enseigne à Paris X Nanterre, revenait sur le caractère séculier de la Constitution Américaine, notamment codifié dans le Premier amendement.
Avec Robert Boston, venu de Washington DC, et auteur d'une brillante communication, la parole était donnée à une organisation qui, depuis cinquante années, combat d'arrache-pied pour défendre et faire respecter la fameuse métaphore jeffersonienne du "mur de séparationente les Eglises et l'Etat": Americans United et sa précieuse revue mensuelle "Church & State", déjà connue des lecteurs de la Raison.
Notre camarade Fred Whitehead est un symbole. Victime de la croisade des bigots, licencié de l'Université du Kansas pour ses opinions laïques et anticléricales, libre penseur, il se rattache à la tradition ouvrière et socialiste des "Freethinkers" du XIXè siècle aux USA, qu'il fit magnifiquement revi-vre, diapositives à l'appui. La matinée dominicale allait être marquée d'une universalité de tous les instants:
Nos amis canadiens Henri Laberge, du Mouvement Laïque Québécois, Réjeanne et Richard Thain, de Humanist Association of Canada avait pour charge de présenter la situation d'un pays divers, longtemps placé sous la double férule de la Couronne d'Angleterre et de la Sainte Eglise catholique romaine, pour sa partie francophone. Ils le firent avec humour et précision et confirmèrent les craquements en cours dans l'édifice canadien.
Ulrike Tietze, militante de l'organisation allemande Bund gegen Anspassung, présentait le caractère encore grandement confessionnel de l'état allemand. Avant que Cherif Ferjani, professeur à l'Université Louis Lumière de Lyon, trace avec faconde "les différences et continuités des conceptions américaines et francaise des relations entre le politique et le religieux".
Notre amie Bobbie Kirkhart, était venue de Los Angeles, à la tête d'une délégation de responsables de son organisation Atheist Alliance, secondée dans cette tâche par notre camarade August Berkshire, qui avait honoré de sa présence le colloque et le congrès national de la Libre Pensée à Avignon, en juillet 2000. Co-présidente de Atheist Alliance, membre fondateur du Comité International de Liaison des Athées et des Libres Penseurs, Bobbie nous rappelait "la place des athées aux USA".
Avant une conclusion des deux co-présidents de séance, il revenait à Christian Eyschen, au nom de la Fédération nationale de la Libre Pensée, de donner la pleine signification internationale des enjeux liés à la séparation des Eglises et de l'Etat: "A comparer la situation du point de vue de la laïcité aux USA et en France, il y a des choses qui font débat et d'autres qui ne souffrent pas de discussion. Incontestablement, la Révolution américaine est la mère de la Révolution française. Il y a une filiation indiscutable. L'enthousiasme réciproque des peuples pour d'autres peuples par delà l'Atlantique, prenant les armes pour combattre l'oppression et établir la démocratie, est manifeste. La France a applaudi à la victoire de Yorktown comme les USA ont vibré à celle de Valmy.( ) Sur le fond, la Révolution française a été plus loin par l'irruption des masses populaires sur la scène de l'Histoire où se réglaient leurs destinées. Sur la forme, la Révolution américaine a été plus loin dans la conquête formelle des institutions de la démocratie. Le Premier Amendement de la constitution des Etats-Unis a formulé en les concrétisant, les principes fondamentaux qui ont fait sortir l'Humanité de la nuit noire des anciens régimes monarchistes et cléricaux. Encore une fois, relisons le premier article du Bill of Rights de décembre 1791: "Le Congrès ne fera aucune loi qui touche l'établissement ou interdira le libre exercice d'une religion, ni qui restreigne la liberté de la parole ou de la presse ou le droit qu'a le peuple de s'assembler paisiblement et d'adresser des pétitions au gouvernement pour le redressement de ses griefs".
En quelques mots, le programme démocratique est tracé. Il enflammera les peuples et les nations dans les siècles suivants. Il n'est ni américain ni français, il est le patrimoine de l'Humanité toute entière. Il n'y aura, dès lors, plus une révolte, plus une révolution, plus une décolonisation qui ne puisera dans ce programme les armes théoriques pour aller de l'avant et avancer dans la voie de l'émancipation intégrale. (
) Il a fallu quinze années pour aller de la Déclaration d'indépendance américaine de 1776 au Bill of Rights de1791, il faudra presque un siècle entier pour parcourir le même chemin en France. 1789, 1830, 1848, 1871, 1882, 1884, 1886, 1901, 1905 sont des dates fondamentales dans l'histoire de notre pays. A chaque fois, le peuple s'est mis debout et a dressé souvent des barricades pour faire triompher ses droits et ses libertés. L'insurrection est consubstantielle à la conquête de la liberté, cela était vrai hier, c'est toujours vrai aujourd'hui. (
) Le combat pour l'émancipation économique (la fin de l'exploitation de l'homme par l'homme) devient consubstantiel avec celui de l'émancipation politique (l'égalité des citoyens devant la loi) et pour faire triompher la liberté absolue de conscience (la laïcité). C'est aujourd'hui, de fait, un seul et même combat, celui de l'émancipation intégrale de l'Humanité."
Tout était ainsi dit.
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