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L'Euthanasie Volontaire (Francais)
Submitted by admin on 4 October, 2002 - 10:07
Prise de position de l'International Humanist and Ethical Union (IHEU) dans le débat sur l'euthanasie volontaire
L'International Humanist and Ethical Union (IHEU) tient à souligner que la Recommandation votée par l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, le 26 juin 1999, a été basée sur un rapport introductif de Madame Edeltraud Gatterer, elle-même totalement opposée à la possibilité de reconnaître la légitimité de l'euthanasie, qui affirmait que l'euthanasie contredisait l'article 2 de la Convention européenne des Droits de l'Homme et la comparait à la peine capitale. Ce rapport est unilatéral et partial car il ne rend même pas compte des arguments sérieux opposés, déjà à l'époque, à cette thèse.
Depuis, deux pays européens - les Pays-Bas et la Belgique - dont le respect des principes démocratiques et humanistes n'a jamais été mis en doute, se sont dotés d'une législation dépénalisant sous conditions l'euthanasie volontaire. Il faut souligner que ces législations ont reçu l'approbation des plus hautes instances juridiques de ces deux États et, qu'en particulier, le Conseil d'État belge, sollicité par le Sénat concernant cette législation, a longuement discuté la question de savoir si elle contrevenait à l'article 2 de la Convention européenne des Droits de l'Homme et à l'article 6 de Pacte international relatif aux Droits civils et politiques. Cette haute juridiction a clairement mis en évidence que ces articles ne visent pas à protéger " la vie " en tant que telle mais bien " le droit à la vie " et que cette protection doit être confrontée au droit à l'autodétermination des individus et au rôle du législateur qui consiste à concilier des conceptions éthiques opposées dans ce domaine.
Il a conclu que l'euthanasie, qui ne s'oppose nullement au droit à la vie, était parfaitement compatible avec les dispositions de la CEDH et du PIDCP pour autant que toutes les précautions nécessaires soient prises pour s'assurer de la volonté réelle du patient, ce qui est incontestablement le cas dans les textes législatifs votés par les assemblées parlementaires de ces deux pays.
Dans ce débat, l'IHEU fait entièrement siens les termes de la déclaration commune des Recteurs de l'Université Libre de Bruxelles et de la Vrije Universiteit Brussel, des médecins directeurs et présidents des comités d'éthique des hôpitaux académiques des deux universités, rendue publique le 19 février 2001, dont les extraits significatifs reproduits ci-dessous expriment parfaitement la position d'une partie importante de nos sociétés laïques européennes.
(
) Nous tenons à affirmer notre appui aux propositions qui tendent à assurer le respect du pluralisme éthique de notre société et le droit à l'autonomie des individus dans le domaine de la fin de la vie. C'est au nom de ce pluralisme et de ce droit que nos universités soutiennent les initiatives tendant à donner au malade en impasse médicale irréversible la possibilité légale de choisir les modalités de sa mort et au médecin qui accepte de lui accorder son aide active, la possibilité de prendre sa décision en conscience sans la menace qu'un tel geste ne constitue une infraction.
( )La reconnaissance d'une souveraineté de l'homme sur sa vie est à la base de l'esprit humaniste qui anime nos universités. Elle implique que soit reconnue la possibilité dans certaines situations de souffrance et de déchéance d'obtenir du médecin le geste ultime et fraternel qui permet d'anticiper la mort. Nous plaidons fermement pour que la dépénalisation de ce geste lui donne droit de cité et assure, sans rien imposer à personne, le respect du pluralisme éthique qui existe au sein de notre société en particulier dans les attitudes concernant la vie et la mort.
Compte tenu de l'évolution des conceptions éthiques concernant l'euthanasie qui se sont affirmées depuis 1999 dans nos sociétés démocratiques, l'IHEU demande que le Conseil de l'Europe revoie sa position antérieure basée sur un rapport qui ignorait totalement les valeurs morales et philosophiques d'une partie importante des citoyens européens.
Bruxelles, le 4 octobre 2002
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OUI à l'aide au suicide, mais NON à l'euthanasie !
Au sujet de la différence entre l'euthanasie et l'aide au suicide, il faut distinguer entre les arguments juridiques, éthiques et religieux. On ne peut pas simplement affirmer sans nuance qu'il n'existe pas de différence entre les deux : dans un cas c'est le patient lui-même qui s'enlève la vie (aide au suicide) alors que dans l'autre c'est le médecin qui la retire. Il faut d'abord préciser sur quel terrain (juridique, éthique ou religieux) on tire notre argumentation. Si l'on se situe sur le terrain de l'éthique, on peut raisonnablement soutenir qu'il n'existe pas de différence. Cependant, si l'on se situe sur le terrain juridique, il existe toute une différence entre l'euthanasie (qualifié de meurtre au premier degré dont la peine minimale est l'emprisonnement à perpétuité) et l'aide au suicide (qui ne constitue pas un meurtre, ni un homicide et dont la peine maximale est de 14 ans d'emprisonnement). Dans le cas de l'aide au suicide, la cause de la mort est le suicide du patient et l'aide au suicide constitue d'une certaine manière une forme de complicité. Mais comme la tentative de suicide a été décriminalisée au Canada en 1972 (et en 1810 en France), cette complicité ne fait aucun sens, car il ne peut exister qu'une complicité que s'il existe une infraction principale. Or le suicide (ou tentative de suicide) n'est plus une infraction depuis 1972. Donc il ne peut logiquement y avoir de complicité au suicide. Cette infraction de l'aide au suicide est donc un non-sens.
En revanche, l'euthanasie volontaire est présentement considérée comme un meurtre au premier degré. Le médecin tue son patient (à sa demande) par compassion afin de soulager ses douleurs et souffrances. Il y a ici une transgression à l'un des principes éthiques et juridiques des plus fondamentaux à savoir l'interdiction de tuer ou de porter atteinte à la vie d'autrui. Nos sociétés démocratiques reposent sur le principe que nul ne peut retirer la vie à autrui. Le contrat social « a pour fin la conservation des contractants » et la protection de la vie a toujours fondé le tissu social. On a d'ailleurs aboli la peine de mort en 1976 (et en 1981 en France) ! Si l'euthanasie volontaire (à la demande du patient souffrant) peut, dans certaines circonstances, se justifier éthiquement, on ne peut, par raccourcit de l'esprit, conclure que l'euthanasie doit être légalisée ou décriminalisée. La légalisation ou la décriminalisation d'un acte exige la prise en compte des conséquences sociales que cette légalisation ou cette décriminalisation peut engendrer. Les indéniables risques d'abus (surtout pour les personnes faibles et vulnérables qui ne sont pas en mesure d'exprimer leur volonté) et les risques d'érosion de l'ethos social par la reconnaissance de cette pratique sont des facteurs qui doivent être pris en compte. Les risques de pente glissante de l'euthanasie volontaire (à la demande du patient apte) à l'euthanasie non volontaire (sans le consentement du patient inapte) ou involontaire (sans égard ou à l'encontre du consentement du patient apte) sont bien réels comme le confirme la Commission de réforme du droit au Canada qui affirme :
« Il existe, tout d'abord, un danger réel que la procédure mise au point pour permettre de tuer ceux qui se sentent un fardeau pour eux-mêmes, ne soit détournée progressivement de son but premier, et ne serve aussi éventuellement à éliminer ceux qui sont un fardeau pour les autres ou pour la société. C'est là l'argument dit du doigt dans l'engrenage qui, pour être connu, n'en est pas moins réel. Il existe aussi le danger que, dans bien des cas, le consentement à l'euthanasie ne soit pas vraiment un acte parfaitement libre et volontaire »