Rassemblement européen pour la laïcité
Rassemblement européen pour la laïcité
Chers auditeurs, bonjour.
Au micro, Christian Eyschen. Je suis secrétaire général de la Libre Pensée française. Je voudrais vous parler aujourdhui du rassemblement laïque européen qui sest tenu le samedi 6 décembre à Paris à la Bourse du Travail, lieu mythique qui a vu tant despoirs et de révoltes sexprimer à travers lhistoire.
Dans une salle archi-comble, des humanistes, des laïques, des rationalistes et un grand nombre de libres penseurs venus de toute lEurope et de toute la France se sont réunis pour refuser que la roue de lhistoire tourne à lenvers, pour exprimer leur refus des dispositions antilaïques du projet de constitution européenne.
DAngleterre, de Slovaquie, de France, dAllemagne, dIslande, dAutriche, de Pologne, du Luxembourg, dItalie, de Finlande, dEspagne, de Tchéquie, du Danemark, et de Norvège, 32 associations de quatorze pays différents ont dit NON à lEurope vaticane, cléricale et religieuse.
Pour reprendre une célèbre chanson de Charles Aznavour : « Ils sont venus, ils sont tous là, même Giorgio le fils maudit ». Il était là aussi. En France, le CAEDEL (Europe et Laïcité), lUnion rationaliste, le Comité Laïcité République, lUnion des Athées se retrouvaient aux côtés de la Libre Pensée pour défendre la loi de 1905 de séparation des Eglises et de lEtat gravement menacée par la constitution européenne.
A lappel de la National Secular Society dAngleterre et de la Libre Pensée française, ces 32 associations, représentant la conscience laïque en Europe, refusent en commun larticle 51 de la future constitution européenne.
Que dit cet article : « - LUnion européenne respecte et ne préjuge pas du statut dont bénéficient, en vertu du droit national, les Eglises et les associations ou communautés religieuses dans les Etats membres
- En reconnaissance de leur identité et leur contribution spécifique, lUnion maintient un dialogue ouvert, transparent et régulier, avec ces Eglises et organisations.»
Rappelons quelques évidences, un traité constitutionnel, ce nest pas un roman qui raconte une belle histoire. Cest un texte juridique qui lie les parties en présence. Quand larticle 51 dit « LUnion européenne respectera » les différentes formes de relations entre les Eglises et les Etats, cela veut dire quelle les protégera en les intégrant dans le droit communautaire qui est supérieur aux différentes législations nationales. A partir du moment où la ratification de cette constitution sera terminée, toutes les formes de relation entre les religions et les Etats, cest-à-dire les concordats, les Eglises officielles et les religions dEtat, le statut clérical dAlsace-Moselle, les impôts dEglise, les délits de blasphème seront tous intégrées es qualité dans le droit communautaire.
Quand un peuple voudra désormais abroger un concordat quil soit bonapartiste, hitlérien, franquiste, mussolinien ou salazariste ; pour pouvoir le faire en conformité avec le droit européen, il lui faudra avoir laccord des 25 pays comme pour modifier la constitution européenne. Autant dire que ce nest pas demain la veille.
Cest ce qui explique que le Vatican est dans une course de vitesse dans toute lEurope pour faire avaliser les concordats avant la ratification finale de la constitution européenne. Le résultat est là : sur les 25 pays membres ou futurs membres de lUnion européenne, 14 ont un concordat avec le Vatican. Et la plupart des autres ont des religions officielles !
Et cest en toute logique, quune fois préservées à tout jamais les relations institutionnelles des Eglises et des Etats, le troisième paragraphe fait des Eglises et des organisations religieuses les « partenaires officielles » de lUnion européenne.
La constitution européenne remet donc en cause de manière fondamentale le droit des peuples à disposer deux-mêmes en liant les générations futures aux décisions de celles dhier. Cest lordre divin imposé à tous, pour tous et pour toujours.
Dautre part, le préambule de la constitution, dans sa forme actuelle, met sur le même plan, lapport des Lumières et de lHumanisme et le fardeau des obscurantismes religieux. Répétons-le avec force, un texte constitutionnel na pas pour but dêtre un livre dhistoire ni de raconter des histoires. Il ne parle pas du passé, il est censé forger lavenir. En faisant de lhéritage religieux un article législatif dans un texte chargé de définir un fonctionnement dinstitutions, il indique juridiquement et politiquement que les religions sont lhorizon indépassable des peuples en Europe.
Le message est désormais clair : lEurope a été religieuse hier, elle doit le rester demain. Cest bien lEurope des églises, des temples, des synagogues et des mosquées que lon nous prépare à Bruxelles et que lon voudrait voir signée à Rome et bénie par le Vatican.
Il ne faut pas reculer en Europe, car tous nos acquis dans nos pays respectifs sont autant de point dappui pour les peuples en marche pour leur liberté sur tous les continents. Défendre la laïcité partout où elle existe, la conquérir partout où elle manque, tel est notre combat commun que nous menons avec le concours précieux de lUnion Internationale Humaniste et Laïque. LInternationale de la laïcité existe, nous lavons rencontré, elle sappelle IHEU.
Babu Gogineni, directeur exécutif de lIHEU présidait dailleurs ce rassemblement européen et Roy Brown, son président est intervenu le premier pour dire que cette réunion « faisait partie du combat mondial pour la séparation des religions et des Etats Actuellement, les Eglises européennes connaissent une chute dans lassistance des fidèles. Cest dans ce contexte quil faut évaluer le travail secret du Vatican, qui essaie daugmenter son pouvoir et son influence. Il sait où aller et où emmener lEurope. Son objectif est une Europe où ses valeurs conservatrices auront un statut spécial, rien dautre quun sacré Empire catholique »
Il concluait son discours par ce souhait : « Jaimerais que notre rassemblement envoie un message clair aux chefs dEtats des nations européennes qui se rassembleront la semaine prochaine en Italie, pour dire que larticle 51 nest nullement acceptable pour la majorité des européens, la majorité qui croit en la démocratie et en la séparation des Eglises et des Etats ».
Keith Porteous Wood, directeur exécutif de la National Secular Society dAngleterre déclarait ensuite : « Le président Georges Walker Bush semble considérer la cause que nous jugeons la plus sacrée, le mur de séparation érigé entre lEglise et lEtat, avec autant de mépris que les statues de Saddam Hussein. Il ne se passe jamais une semaine sans que ce mur ne reçoive un nouveau coup de butoir. Comme résultat direct de laugmentation de la pression religieuse, les contributions des Etats-Unis aux programmes majeurs de contraception dans le tiers monde sont en diminution. «
Abordant la situation en Angleterre, il poursuivait : « Au Royaume-Uni, jai honte de dire que certains évêques ont encore le droit de voter dans notre Chambre haute du Parlement. Cest la seule démocratie occidentale qui dispose dun mode de fonctionnement aussi risible et aussi contraire à la démocratie. Et bien que lEglise anglicane institutionnelle soit presque en faillite après soixante-dix ans de déclin continu dans la pratique religieuse, elle a toujours la force politique, particulièrement sous le gouvernement de Tony Blair ».
Etienne Pion, président dEurope et Laïcité, insistait sur le caractère antidémocratique de la future constitution européenne et sinterrogeait : « Pouvons-nous croire un seul instant quun referendum sera là-dessus organisé ? On pourrait prendre le pari quil nen sera rien Le CAEDEL tend la main aujourdhui la main à toutes les forces laïques et humanistes européennes et il proclame sa résolution duvrer avec elles pour obtenir quenfin se construise une Europe indépendante, solidaire et laïque ».
Le docteur Wolfgang Soos, président de la Libre Pensée autrichienne revenait sur lapport du christianisme sur notre continent : « Lhistoire européenne nous apprend que tous les acquis démocratiques et sociaux ont été obtenus contre la résistance des Eglises chrétiennes. Particulièrement remarquable est la liaison des Eglises chrétiennes avec les régimes fascistes dhier. On peut également observer régulièrement des atteintes aux droits de lHomme comme les croisades, linquisition, les colonisations brutales ».
Thierry Pescatore apportait le soutien de lassociation Liberté de conscience, de la Libre Pensée, de la Confédération Générale des Instituteurs et de la Ligue de lEnseignement du Luxembourg. De nombreux messages dassociations nayant pu faire le déplacement furent porter à la connaissance des participants comme ceux de lUnion rationaliste française, de lUnion radicale Humaniste du Luxembourg, de la British Humanist association dAngleterre.
La Libre Pensée tchèque protestait dans son message contre linfluence du Vatican dans les affaires alors que les catholiques sont minoritaires : « Sous le recensement dernier de la population en 2001, cest seulement la minorité absolue de 31% qui a déclaré son adhésion aux Eglises (27% à lEglise catholique, 4% aux Eglises protestantes ou orthodoxes). La majorité absolue de la population (69%) représente les citoyens sans confession religieuse. En comparaison avec les résultats du recensement de 1991, la quantité des croyants actifs a diminué de 12% ».
Dans le nouveau Monde, de lautre côté de lAtlantique, nous avons reçu le soutien de notre ami libre penseur Fred Whitehead du Kansas, des associations des athées et aussi celui, qui nous est particulièrement cher, du Mouvement Laïque Québécois.
Joan Carles Marset de lassociation des Athées et des Libres Penseurs dEspagne sinterrogeait publiquement : « Sommes-nous disposés aujourdhui, plus de 200 ans après la proclamation de la déclaration des Droits de lHomme de 1789, à renoncer à la liberté et à légalité des droits pour lesquels luttèrent nos prédécesseurs ? Sommes-nous disposés à permettre que les citoyens du XXIème siècle, en définitive nos propres enfants, perdent ces conquêtes qui constituent lessence même de notre dignité dhomme et de citoyens ? »
Claude Caudal du Comité Laïcité République déclarait quant à lui : « Subsidiarité et multiculturalisme inspirent le projet du traité constitutionnel de lUnion européenne. Ce projet ne repose pas sur le principe laïque de séparation juridique entre institutions publiques et institutions religieuses. Il renforce et reconnaît les corps intermédiaires, au détriment du citoyen ».
Ulrike Tietze du Centre Anticonformiste dAllemagne revenait longuement sur laction entreprise par cette jeune et dynamique association qui lutte inlassablement contre limpôt dEglise obligatoire dans son pays et pour labrogation du concordat hitlérien de 1933. Le docteur Mueller de la Libre Pensée allemande renchérissait sur la même idée : « Les fédérations de libres penseurs et dhumanistes en Allemagne soutiennent la liberté de conscience et de religion, qui a pour principe la séparation de lEtat et des Eglises. Cest pour cela que nous revendiquons, entre autre, labolition de limpôt dEglise, des cours de religion chrétienne comme matière incluse dans le programme scolaire, des facultés de théologie dans les universités publiques, des aumôneries militaires, des discriminations dans le code du travail des employés des Eglises ».
Le docteur Skoda de la Société Prometheus de Slovaquie revenait sur les conséquences de la Révolution de velours de 1989. « Avant, disait-il, une des principales demandes de lEglise catholique était la séparation de lEglise et de lEtat. Le contraire sest passé. En 1992 déjà, 80% des fonctionnaires ont été remplacés par des personnes se déclarant religieuses. Depuis, les postes des dignitaires politiques ont été mis sous le contrôle de lEglise. Les positions clés dans ladministration ont été occupées par des adhérents ultra fidèles des partis politiques chrétiens. Il mérite dêtre mentionné que le président de lAssemblée nationale slovaque est le neveu du nonce du pape en Biélorussie.
LEtat a restitué à lEglise catholique dénormes propriétés, parmi lesquelles certaines nont jamais appartenu à lEglise. Ces propriétés sont exemptes de taxe, elles reçoivent dimportantes subventions et aides provenant des recettes payées aussi par les non-croyants. LEglise nest pas tenue de rendre compte des utilisations exactes de ces subventions. »
Le représentant de lUnion des Athées et Agnostiques Rationalistes dItalie, avec beaucoup dhumour, prenait à son tour la parole : « Nous vous demandons votre soutien contre le sans-gêne clérical et souhaitons nous associer aux peuples qui sont encore capables de sauvegarder leur liberté de conscience. Noubliez pas que nous sommes un cas pathologique et unique en Europe et dans le monde entier. Nous avons chez nous le Vatican, grâce à Catherine de Sienne qui nous le ramena dAvignon à Rome (bien jouè les Français !). En outre, tandis que dans le reste de lEurope, vous avez eu la Réforme, les Lumières et la Révolution française, en Italie, nous avons seulement eu la Contre-Réforme et elle dure encore.
En Italie, la théocratie a toujours survécu grâce à lacquisition de privilèges, par intrigues, prévarications et alliances avec toutes sortes de pouvoir, évidents ou occultes : le fascisme avec le catholicisme, le compromis historique entre communistes et catholiques, le clergé avec la Loge P2, la mafia avec le pouvoir politique. Et maintenant ces oracles mystiques qui, pendant des siècles, ont fomenté des guerres, des holocaustes et des génocides, nhésitent pas à prôner le pacifisme le plus larmoyant et hypocrite ».
Notre camarade José Arias, parlant au nom dEuropa Laica dEspagne commentait la situation dans ce pays : « En 1999, les évêques espagnols formulent de nouvelles condoléances en matière dobligation religieuse à lEcole pour faire face à la désertion de la première communion par un nombre grandissant de jeunes Pour Europa Laicia, pour établir une véritable laïcité en Espagne, il faut notamment en finir avec :
- le concordat de 1953 et les accords de 1976 liant lEtat espagnol avec le Vatican.
- La loi religieuse de 1980 (loi qui porte bien son nom puisquil sagit de donner des privilèges à certains groupes confessionnels).
En fait, avec larticle 51 de la future constitution européenne, cest comme si lUnion européenne se proposait dapposer à son tour sa signature au bas du concordat de 1953, à côté de celle de Franco. Cest inacceptable, cet article doit être retiré ».
Ce fut avec beaucoup démotion que les participants à notre rassemblement écoutèrent lintervention de Lars Gule, dirigeant de lassociation humaniste norvégienne, héritière de la Libre Pensée. Elle compte 70 000 adhérents sur une population de trois millions dhabitants. La Norvège ne fait pas partie de lUnion européenne et Lars Gule nous a indiqué que ce nest certainement pas larticle 51 qui va donner envie aux humanistes et aux libres penseurs de son pays den demander ladhésion.
Georges Liénard, secrétaire général de la Fédération Humaniste Européenne, prenait à son tour la parole pour apporter le soutien de la FHE à linitiative de la National Secular Society et de la Libre Pensée. Il a indiqué en détail laction de son association européenne pour le retrait de larticle 51 « clé de voûte de toute la constitution européenne ». Il se félicitait que le gouvernement belge, suite à cette action, était le premier Etat à exiger le retrait de cet article. Il appelait toutes les organisations laïques en Europe à faire pression sur leur gouvernement respectif pour obtenir une telle prise de position.
La Libre Pensée française devait terminer cette série de discours par un vibrant plaidoyer pour la laïcité en Europe. Elle indiquait clairement quelle disait NON à la constitution européenne et pas seulement du fait de larticle 51 et de la référence à lhéritage religieux dans son préambule.
LUnion européenne a pour unique mode de fonctionnement le principe catholique de subsidiarité. Ce terme, qui nest pas dans le dictionnaire mais dans le droit canon, a été employé pour la première fois dans une encyclique qui sappelle « Quadragesimo anno », formulée en 1931 pour le 40ème anniversaire de la 1ère encyclique sociale de Léon XIII qui sappelait « Rerum Novarum »,.
On a traduit le principe de subsidiarité par cette formule populaire « Ne jamais confier à un organisme de rang supérieur ce qui peut être fait par un organisme de rang inférieur ». A lévidence, cela pourrait sembler logique mais si lon examine lhistoire, la société qui a réalisé le plus complètement possible le principe de subsidiarité, cest la France dAncien Régime.
Sous lAncien Régime les pouvoirs de lEtat cétaient : la police, larmée, la justice, les tribunaux, cest-à-dire lappareil de répression et la diplomatie. Tous ce qui caractérise une société moderne : lécole, la santé, le prélèvement de limpôt, tous ces éléments fondamentaux ont été confiés à des organismes de rangs inférieurs, lEglise et les fermiers généraux..
Nous constatons aujourdhui que lorsque lon privatise les services des eaux, les pompes funèbres, les services de cantine scolaire, quand on réclame le prélèvement de limpôt par lemployeur directement sur le salaire, on en revient à la France dAncien Régime, cest-à-dire que lon confie à des organismes de rangs inférieurs ce qui appartient à lEtat, à la République et aux collectivités territoriales.
Comme le droit communautaire est supérieur aux législations nationales, alors il faut les changer pour leur fait intégrer la subsidiarité. Cest ce qui a été fait en France, le 17 mars 2003 par une honteuse révision constitutionnelle. Cette « réforme » tend à briser tout lhéritage de la grande Révolution française. En détruisant lunité et lindivisibilité des services publics, ils remettent en cause légalité des citoyens devant la loi.
Pour la Libre Pensée française, une constitution qui fonctionne sur la base du principe de subsidiarité ne peut pas être une constitution démocratique et laïque. Cest pourquoi, nous proposons à tous les partisans de la séparation des Eglises et des Etats, à toutes les associations laïques en Europe dorganiser en commun une manifestation européenne à Bruxelles « Pour la laïcité en Europe ».
Je vous remercie et vous dit à bientôt.
